
Ghost Elephants
Un film de Werner Herzog, sorti le 27 février 2026
Status: ✅ Vu le 17 juillet 2026
La filiation est ténue mais Herzog, avec sa conscience affutée par des décennies de recherche d'histoires d'obsession comme celle de Ghost Elephants, la repère assez vite, au milieu de l'histoire et de la géographie mystique des hauts plateaux angolais: Fénykövi, l'ingénieur reconverti en chasseur de trophées, trouve en Steve Boyes un digne héritier, qui certes ne tue pas, mais emprunte toute la grammaire, tout le vocabulaire, toute la panoplie de la traque. La fin diffère, mais les moyens sont les mêmes. L'expédition nécessite des ressources matérielles et humaines assez conséquentes, au point qu'on finit par se demander si la science, ou le processus scientifique est une excuse - sinon une raison - suffisamment valable pour dépenser autant d'énergie, d'argent et de moyens dans cette aventure, et toutes les autres similaires. Et je vois très bien l'ironie d'imaginer les moyens et les ressources qui ont été engagées pour chasser le chasseur avec les caméras, drones et autres outil de *capture* du réel, faisant de nous l'équivalent de la société mondaine auprès de laquelle Fénykövi narrait et montrait avec fierté ses trophées de chasse dans un salon aux sièges rouges moelleux. Les moyens diffèrent, mais la fin est-elle la même ? Au-delà de la quête de Boyes, pur héros herzoguien comme il sait si bien les trouver, il y a dans Ghost Elephants un témoignage filmique de la mise à pied du monde sous le joug scientiste, d'un monde qui passe du domaine des contes, mythes et légendes répétées par un quelconque roi local angolais à un monde de génétique, de traçabilité, de cartographie du vivant, qu'on chasse et qu'on pourchasse jusqu'au plus profond d'un plateau qui fait - Herzog le martelle plusieurs fois - la taille de l'Angleterre. Et finalement les éléphants, qu'on voit si peu car ce n'est pas un film sur les éléphants mais bel et bien sur les chasseurs, sont des fantômes non pas parce qu'on les voit à peine, (magnifique ironie d'Herzog par ailleurs, que j'avais déjà pu constater dans le documentaire sur les volcanologues, de dédramatiser le suspens de la narration documentaire en annonçant très vite qu'on ne verra qu'une pauvre vidéo de l'éléphant en 480p prise sur un téléphone, ou que la flèche ne servira à rien, pour ne pas rajouter du spectacle à la traque déjà en cours) mais parce qu'ils sont simplement une excuse, une trace qu'on se fabrique pour expliquer - ou rassurer - un comportement, une recherche, une conséquence. Et quand les conséquences sont finalement montrées, quand la hantise se matérialise, on a le travelling le plus angoissant de l'année, des dizaines et des dizaines de secondes, des centaines et des centaines de mètres de charniers - au nom de la science, ou de l'histoire, ou de la politique, ou de l'art en ce qui concerne ce plan tiré d'un vieux film italien mais jamais ô grand jamais au nom des éléphants ou des antilopes
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