
La Noire de...
Un film de Ousmane Sembène, sorti le 17 mars 1966
Status:
- ✅ Vu le 15 août 2026
Quelques remarques sur des points précis du film: En 1966, Diouana, jeune femme sénégalaise, suit "Madame" sa patronne en France à Antibes. Elle est censée s'occuper des enfants, elle fera tout sauf ça. C'est la noire de. De qui ? De quoi ? La particule "de", d'ordinaire synonyme d'anoblissement, rabaisse Diouana à l'état d'objet, de meuble, de bonne à tout faire. Le masque, cadeau initialement offert à la patronne, devient un trophée de chasse qu'on expose sur le mur blanc de l'appart d'Antibes, symbole à la fois d'une liberté troquée et d'une corruption de la bonne volonté. L'intériorité de Diouana est surexposée en permanence à travers la voix off, la sienne, qui ne comprend pas ce qu'elle fait là, pourquoi elle est là. Elle doute en permanence, à raison, jusqu'à douter même de la lettre de sa mère, une forgerie. vs l'extériorité du racisme et de la suprématie blanche, qui s'exprime sans doute ni remise en question. Jamais l'idée de la France comme terre de rêves et de promesses n'est remise en question, de même que les comportements et les paroles des personnages blancs. Tout est évident, fruit de plusieurs siècles de Françafrique et de colonisation. Il y a ce plan magnifiquement cruel dans l'appartement. On voit Diouana dans l'encadrure de la porte de la cuisine, prison dans la prison; et puis le couple dans le salon, avec le mari qui la regarde, du haut de son male gaze avec une touche d'exotisme en bonus, dans une perspective triangulaire qui illustre bien la hiérarchie de domination. Et cette porte de cuisine qui enferme Diouana dans un rôle de bonne à tout faire, et cette porte d'entrée qu'elle ne franchira quasiment jamais, car comme elle le dit si bien pour elle la France se résume à la cuisine, la salle de bain, le salon et la chambre. La France n'existe pas. ce plan, impitoyable tableau dans mon cerveau le mari et son fétiche exotique, son male gaze mon père et sa femme, sa malgache Et puis cette fin, ce fantôme qui hante le patron qui croit qu'on peut pardonner avec suffisamment d'argent, arrogance du colon, suffisance du blanc. Le masque qui cache la tristesse, qui affiche la honte, qui exprime la colère sourde. Que faire, sinon fuir, sinon suivre, que faire sinon filmer la violence et la surexposer par deux fois, images et paroles, 6 ans seulement après l'indépendance du Sénégal. Non pas cinquante ans après, non pas un film historique d'époque, mais un film actuel, et constamment actualisé. Le film m'a douloureusement rappelé ma mère, cette malgache, elle aussi venue en France dans l'espoir d'une vie meilleure, peut-être, dans l'idée d'un pays aux mille promesses, d'un homme aux mille futurs, et ce masque, elle a fini par le porter pour ne pas finir comme Diouana je ne la remercierai jamais assez pour ça
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