
L'Homme qui rétrécit
Un film de Jan Kounen, sorti le 22 octobre 2025
Status: ✅ Vu le 25 octobre 2025
Au-delà du progrès technique qui permet à la version de 2025 d'être beaucoup plus aboutie et immersive, c'est intéressant de comparer les deux films dans leur approche de la situation et la caractérisation du personnage principal. Ce sont des films qui sont définitivement ancrés dans leurs époques. La version de 1957 met en scène un homme qui a avant tout peur d'une chose: ne plus être un homme, au sens le plus patriarcal du terme. Son rétrécissement est pour lui l'équivalent d'une mort sociale, dans ce discours typique des années 50 où la valeur du patriarche est corrélé à sa stature, son travail, sa domination presque physique sur la famille nucléaire. Rétrécir, disparaître métaphoriquement et littéralement de l'espace, c'est ne plus être à la hauteur pour satisfaire sa femme, et régner en maître de maison. Quelle est la première chose qu'il fait lorsqu'il se stabilise à une taille plus petite ? Il cherche à se mettre en couple avec une femme de petite taille. Que fait-il lorsqu'il recommence à rétrécir ? Il la quitte, incapable d'assumer d'être petit, et même plus petit qu'elle. Il va sans dire que c'est un sacré tocard pour ça. Jean Dujardin dans la version de 2025 n'a pas du tout le même personnage. Si il exprime rapidement au début ses inquiétudes vis-à-vis de la situation, c'est moins pour garder sa place de patriarche que celle de père. L'addition d'un enfant dans cette version déplace l'angoisse vers la famille en tant que tribu d'affection plus que structure de domination. Inexistante dans la version de 1957, sa fille joue un rôle qui n'est pas trivial dans ses aventures. C'est elle qui le cherche d'abord quand il est coincé à la cave. C'est elle qui introduit la mise en abyme avec la maison de poupées. C'est vers elle que ses dernières pensées vont lorsqu'il se sent prêt à affronter l'inconnu du jardin, en conclusion du film. Et puis il y a cette fin. Dans les années 50 une telle aventure fantastique ne peut être qu'une preuve de l'existence de Dieu, et un défi à relever pour Lui, dans une morale prosélyte qui m'a fait pas mal tiquer. Rien de tout ça dans la version de 2025, qui s'ouvre sur une ode à l'enchantement, au sens de l'existence dans ce vaste cosmos, grâce à un changement de perspective astucieux. L'homme devenu fourmi dans une cave se fait le reflet de nous-même dans un univers trop grand pour nous, juste à une différente échelle. Et de nous dire de croquer la vie à pleine dents, malgré l'inconnu, malgré l'abysse. On est loin du préchi-précha, et à fond dans un existentialisme bienvenu pour 2025. Bref, regardez cette version plutôt que celle de 1957.
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