Affiche du film Predator : Badlands

Predator : Badlands

Un film de Dan Trachtenberg, sorti le 5 novembre 2025

Status: Vu le 9 mars 2026

et donc le mouvement déjà entamé par Predators (voir le commentaire sur la fiche) achève sa course ici, dans Badlands, dans le rouleau compresseur Disney, qui aplanit tout et réduit en poussière toute aspérité politique et sociétale. Non pas que Predator, la franchise, mérite qu'on s'y attarde plus que quelques minutes pour décortiquer un éventuel propos qui serait caché derrière trois points de laser rouge et des cliquetis aliens. Ce n'est pas si profond que ça. Mais il y avait quelque chose finalement, quand on regarde en arrière. Il y avait des humains, il y avait une époque, une matérialité. Dans le premier film, l'allégorie de l'intervention militaire dans les jungles de la moitié sud du continent américain parle d'elle-même, et elle parle fort, avec la poudre, avec le feu, avec les balles, les centaines de balles qui fusent de partout, ce bois qui éclate, ces explosions, toutes chorégraphiées, toutes excessives, cette sueur sur les muscles, cette jungle. Dans le deuxième film, c'est la ville comme terrain de terreur, la guerre contre la drogue, prétexte pour faire la guerre contre la population noire, guerre intérieure, une dont les Etats-Unis raffolent, décors à nouveau déployés dans son industrie de divertissement de masse, pour exploiter, pour subvertir, pour critiquer, je ne vous refais pas le tableau. Il y a là des gangs, des jamaïcains, des mexicains, des afro-américains, un melting pot de viandes humaines, toutes entassées dans des jeux de pouvoir, à se tirer dessus, à exister tant bien que mal dans un futur fantasmé qui sent quand même drôlement le passé et même le présent de la production du film, et cette odeur-là, elle pue sévère, elle pue les ségrégations, les flics tous pourris, le béton suant, bref: le Predator là-dedans est loin d'être la pire chose. Rien de tout ça dans Badlands. Plus aucun humain, sinon des clones blancs comme des culs, des synthétiques, des robots qui ont la gueule de Blanche-Neige, Elle Fanning en personne, et plutôt deux fois qu'une, c'était les soldes au rayon de la blanchitude. Plus aucune jungle sud-américaine occupée militairement, sinon des dégueulis de terrains générés informatiquement, couches après couches de numérique, mixages d'images et recyclage de textures, par-dessus les fonds verts, proxys de feuillage artificiel. Plus aucun propos sur l'homme qui est un loup pour l'homme. Ici le loup c'est une métaphore claquée au sol, répétée trois fois, pour que le Predator gagne soudainement une empathie et un troisième acte de sauveur du singe et de l'orpheline. Dans Badlands, le Predator n'est plus une fonction, ou une menace, ou même un glitch sur la pellicule - c'est un personnage. Non, ce n'est pas un personnage, c'est un super-héros, c'est-à-dire quelqu'un embarqué dans son propre monomythe campbellien. Il plie le genou, il part à l'aventure, il grogne, il parle, il fait des blagues, il fait des choix moraux, il revient sur ses terres après avoir gagné en sagesse et en force, avec une femme et un chien en surplus parce que pourquoi pas après tout. Ce Predator-là nous enseigne - mais qui a demandé ce cours magistral ? - que la faiblesse peut parfois être une force, que la coopération et le pouvoir de l'amitié triompheront toujours de l'adversité, et qu'il faut parfois demander de l'aide de plus petit que soit. Ce Predator-là est une version encore plus moche de Stitch, et sa Lilo pue le whitewashing. Merci professeur Disney.

Tampon rejeté sur l'oeuvre