Affiche du jeu vidéo Tales of Kenzera: Zau

Tales of Kenzera: Zau

Un jeu vidéo de Surgent Studios, sorti le 23 avril 2024

Status: Joué entre le 31 mai et le 15 juillet 2025

Oriane

C'est un jeu avec un trademark dans le titre, une propriété intellectuelle, un titre de plus dans le catalogue d'une mégacorporation qui investit dans l'Afrique comme au bon vieux temps. Ici c'est EA et Surgent Studio, des anglosaxons de bout en bout, ils savent si bien y faire niveau colonialisme. Les crédits n'en finissent pas de dérouler, plusieurs centaines de personnes réparties dans une vingtaine d'entités. Au bout d'un moment, les entités deviennent synecdoques et cachent en elles encore au moins dix ou quinze personnes, par politesse, ou honte, ou timidité d'exposer à quel point toute cette histoire est une vaste fumisterie capitaliste. Des milliers de ressources, des budgets et des feuilles de tableurs avec des centaines de parties prenantes, des réunions, des dizaines de tests, de senior analysts I et II qui défilent en lettres blanches sur un fond noir. Et pas une seule personne pour constater que la caméra est un désastre, que les combats sont l'antithèse mécanique du motif autour du deuil (presque l'équivalent d'appuyer sur F pour rendre hommage dans un jeu de tir), que l'écriture des capsules audio et des dialogues cherchent des phrases universelles pour raconter l'intime, avec une écriture si terne, si passe-partout. C'est celle qu'on retrouve dans South of Midnight, dans Citizen Sleeper, dans toutes ces productions, dans tous ces articles de presse qui portent aux nues les thèmes, l'ambiance, les "à propos", et qui relaient le presskit, louent la différence alors qu'il n'y a rien de différent. C'est exotique, c'est folklorique, c'est formaté, c'est fignolé dans des comités de narrative consultants, narrative designers, d'english majors qui saupoudrent leur univers d'un peu de mythologie par-ci, d'un peu de mots vernaculaires par-là. Où sommes-nous ? En Afrique. Où ça précisément ? On ne sait pas. Le monde est fictif, composite, afrofuturiste et traditionnel à la fois, moderne et antique en même temps. Il y a un peu d'Afrique du Sud, de Kenya, de Namibie, de Gambie. Des mythes de plusieurs milliers de kilomètres de long et de large, tous mélangés pour former l'Afrique, trademark, ce continent évidemment homogène, avec une majuscule. L'Afrique, trademark. La culture Bantou, avec une majuscule, trademark d'un linguiste allemand du dix-neuvième siècle qui a réuni dans un seul mot quatre cent langues et dialectes. Imaginerait-on un jeu qui mélangerait à la fois des mythes et univers portugais, russes et indiens parce qu'ils ont tous le point commun de faire partie de la famille des langues indo-européennes ? On pourrait l'imaginer; personne ne semble vouloir se jeter sur le concept en tout cas. Mais pour l'Afrique, trademark, on s'y précipite. On court dans des niveaux vides jusqu'au prochain pouvoir, dans un ersatz de genre qui ne s'assume pas. On matraque les boutons pour tuer des vagues d'ennemis qui se ressemblent tous, sans y penser, jusqu'à ce que la narration nous rappelle que c'est un jeu autour du deuil et de la mort, mais pas celles qu'on inflige pendant des heures. C'est là aussi, le trademark de la dissonance, du jeu formaté, du jeu pour l'impact, où jouer est presque un héritage qu'on aimerait bien laisser derrière.

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