
The Binding of Isaac: Repentance
Un jeu vidéo de Edmund McMillen, sorti le 31 mars 2021
Status: 🔁 en cours depuis le 16 octobre 2025
Il n’y aura jamais d’autre jeu comme Isaac en fait. Le jeu c’est un témoignage d’un game designer sur 15 ans qui parallèlement à sa propre vie et à ses expériences est revenu encore et encore sur une partie de lui qui a commencé comme jeu Flash et comme un exutoire et une volonté de sortir de lui un morceau pénible de sa vie et en faire un jeu, une œuvre où il apparaît dedans à chaque coin d’écran, dans les thèmes, dans les personnages, dans l’histoire avec la mère et la famille d’Isaac, dans les références à des vieux comics et zines recyclés en personnages secrets. Il n’y a personne dans le jeu vidéo aujourd’hui qui a la démarche qu’a eu McMillen avec Isaac de revenir dessus, de l’augmenter, effacer, recommencer, affiner, sur une période de 15 ans et plus, sur la base de sa propre vie et ses démons personnels. Au ciné le truc qui se rapproche le plus c’est la trilogie Before (Before Sunset, Sunrise, Midnight) dans le rapport au temps, au fait de reprendre des années après les mêmes personnages, les mêmes acteur·ice·s, de les observer via différentes périodes de leurs vies. En littérature il y a À la recherche du temps perdu (qui est aussi en creux le sous-titre de mon expérience avec Isaac), ou un truc comme l’Odyssée. Isaac c’est un peu l’Odyssée de McMillen, et je suis un galérien dans la soute qui rame depuis 15 ans que je joue au jeu, d’abord la version Flash, puis la version Rebirth, et là cette année j’ai enfin pris le dernier DLC dessus, avec du retard, mais c’est un peu la force du truc je trouve, de savoir que quelque aprt j’arrive à Ithaque et je regarde derrière et je vois tout le chemin parcouru pour Isaac et McMillen depuis l’époque où il faisait des zines sur un bébé bleu qui s’asphyxiait. Je pense que dans 100 ans quand on essaiera de trouver des artistes qui ont consacré leur vie au JV et qui ont mis cette vie dans leurs œuvres, il y aura juste le nom de McMillen qui va ressortir, avec peut-être ZUN (le mec de Touhou). Et ce dernier DLC, il a un goût de finitude, de conclusion à une relation artistique, culturelle, d’un truc que je referai ou que je reverrai probablement jamais dans ce medium qui préfère sortir 15 fois le même jeu que jouer 15 ans avec la même foi. Ce DLC c’est un deuil un peu, ou une célébration heureuse de la fin, et le contenu additionnel qu’il rajoute montre vraiment ça (alors après il ne faut pas que McMillen me fasse mentir en sortant autre chose après, parce que l’éloge funèbre que je lui fais là aura un drôle d’air mais admettons). Les derniers boss nous amènent dans les derniers retranchements de la maison d’Isaac et de sa mère, dans les derniers tréfonds de la Bible, les dernières pages du dernier livre, dans les derniers objets qu’il est possible de créer dans la combinatoire. Quand j’y joue, et quand j’y ai joué, je ne joue pas seulement à Isaac, je joue à Isaac version flash il y a quinze ans, il y a dix ans, à Isaac Rebirth il y a cinq ans, il y a huit ans, il y a toutes les versions de moi qui ont grandi en même temps qu’Isaac, comme toutes les versions des runs et des seeds et des niveaux que j’ai pu visiter, et toutes les histoires que je me suis racontées, les runs pétées, les runs mémorables, les combos improbables, et toutes les histoires qu’Isaac s’est raconté dans ce basement, dans cette cave, dans cet utérus. Les gestes sont familiers et les réflexes sont d’un autre temps, et en même temps ils sont sans cesse réactualisés, dans chaque nouvelle run, derrière chaque nouvel objet. En parlant des objets, un des trucs que le dernier DLC m’a fait encore plus apprécier c’est de voir à quel point les objets aussi du jeu vieillissent et s’inscrivent au fil du temps. Le fait d’avoir un objet comme IMMA FIRIN’ MAH LAZER, qui vient des tréfonds des vieux memes et culture Youtube des années 2010, à côté d’un autre qui renvoie au hand spinner, c’est l’expression de ce temps, de cet espace qui change et qui comme toute œuvre, est une trace d’une vie qui a été vécue, d’une époque. Isaac c’est un exercice d’archéologue au début, quand on essaie de déchiffrer son contenu et c’est un exercice d’historiographie à la fin, quand on regarde en arrière l’histoire de l’histoire.
Dans les listes suivantes: